Lundi 25 août 2008 1 25 /08 /Août /2008 12:13

Dimanche 13 juillet 2008. PK 17 sur l’axe Gorom- Tasmakat ( un village de Gorom). Il est environ 8 heures du matin. Le ciel est serein. La nature est calme. Dans le pré vert, les animaux paissent tranquillement. Les petits bergers bercent le troupeau de mélodies envoûtantes de leur flûtes. Sous d’autres cieux, ceux qui savent lire dans la nature auraient exprimé des appréhensions quant à cette beauté naturelle de cette matinée du 13 juillet 2008. En effet, dans l’Afrique de nos aïeux, quand la nature étalait sa splendeur, c’est qu’il faut craindre la tornade. En ces temps là, l’Afrique disposait encore d’hommes et de femmes dotés de bon sens à même de conjurer le mauvais oeil. Saurait été en ces temps là, un sage aurait prédit le mauvais oeil et aurait amené le chef de terre à faire les sacrifices propitiatoires, et l’on aurait, à défaut d’éviter le mauvais oeil, réduire ses effets. Saurait été en ces temps là, ce qui est arrivé à Belel Séno aurait pu être atténué à défaut d’être évité. Mais hélas! Elle est loin cette Afrique là. Et voilà pourquoi, les pauvres populations de Belel Séno n’ont rien vu venir. Sauf qu’à entendre des bruits de machettes et des cris douloureux en provenance de la brousse de certains de leurs frères. Alors, hommes, femmes, jeunes et moins jeunes accoururent. Et, impuissants, ils constatèrent le drame familial. En pleine brousse, certains membres de la famille, sans aucune considération sont allés profaner la terre nourricière de leur sang. Quel sacrilège! Le dimanche 20 juillet 2008, soit une semaine après le drame, La Voix du Sahel s’est rendue dans le village de Belel Séno, question de comprendre l’incompréhensible. Et pour tout vous dire, après trois heures d’horloge passé à échanger avec ces braves populations, si nous disons que nous avons compris l’origine de ce drame familial- car il s’agit bien d’un- nous vous aurions menti. Tout au plus, nous allons tenter de comprendre avec vous le pourquoi des choses.

Il était 15h30mn quand nous arrivions à la borne kilométrique pk17. Là, une plaque nous indiqua: Belel Séno. “Mais où est le village, me demanda mon compagnon”. En effet, à la borne kilométrique, il n’ y a pas de village, sauf quelques huttes dressées du côté gauche.Nous nous renseignons auprès de l’une de ces huttes. Un jeune courageux ( il faut souligner que depuis le drame, les habitants sur place se terrent et se méfient de tout nouveau venu). Le jeune homme nous conduisit donc sur une piste et dit: “suivez cette voie. Vous rencontrerez un cours d’eau, prenez toujours le chemin du milieu; ensuite, il y a la dune et derrière le village. mais la route n’est pas bonne...”. Notre indicateur n’avait pas tord. La route, disons la piste pour atteindre le coeur du village de Belel Séno est impraticable. Il a fallu toute la dextérité de mon conducteur pour nous conduire à bon port.Nous y voilà à Belel Séno. Nous nous arrêtons devant la mosquée du village. Nous saluons. Dans la cour en face, grouille un monde. L’on met du temps à nous répondre. Nous attendions environ cinq minutes. Enfin, un homme de taille moyenne vint vers nous. Il est suivi par son monde. Après les salutations d’usage, nous demandons à rencontrer un conseiller du village. “C’est moi le Conseiller” répond l’homme de taille moyenne. “ Nous venons au sujet de l’affaire de l’autre jour” lui avons expliqué. Nous sommes conduits sous l’arbre à palabre du village où nous sommes installés. Les habitants prennent place à même le sol. Nous attendons. Le délégué nous fait comprendre qu’il a envoyé chercher leur imam qui ne tardera pas à arriver. Je mets le temps à profit pour jeter un coup d’oeil sur un jardin qui avait attiré mon attention. Je découvre alors un champ luxuriant de manioc. C’est dire que cette terre de Belel Seno est très fertile. Les habitants eux- mêmes ne disent pas le contraire. Seulement, la terre fertile de Belel Seno n’est pas extensible tandis que la population elle croît très rapidement. Nous interrompions notre visite des jardins pour retrouver nos populations de Belel Seno. L’Imam du village est arrivé. Il prend place sur un fauteuil en bois. Le Conseiller du village M. Abdoulaye Zambo est présent ainsi que le président de la CVD, M. Boureima Oumarou.Nous exposons de nouveau l’objet de notre visite. L’Imam nous remercie d’”avoir fait le déplacement jusqu’à nous , preuve de l’importance que vous accordez à notre problème”


La consternation dans le village

“Depuis cette triste histoire, expliqua l’Imam, c’est la consternation dans notre village. Quand on est venu tout de suite demander après moi, je me suis demandé qu’est ce qu’il y avait encore. Au jour d’aujourd’hui, nous ignorons vraiment comment en est-on arrivé à cette extrémité” L’Imam perdit la voix et se confit à Dieu: “ Alla Akbar” ( Dieu est grand). Certes, mais la capacité de destruction de sa créature qu’est l’homme n’est pas non plus petite.A la suite de l’Imam, c’est le conseiller Zambo qui pris la parole pour “regretter ce qui est arrivé entre nous.”. Quant au président de la CVD de Belel Seno, il a manqué de voix pour s’exprimer, se contentant de secouer la tête en signe de désapprobation. La tristesse se lisait sur les visages dans l’assistance..


Que s’est-il s’est passé?


Que s’est-il passé ce dimanche 13 juillet entre les différents protagonistes? En l’absence des intéressés dont certains sont entre vie et mort sur un lit d’hôpital, ce sont quelques responsables qui ont tenté de donner leur version des faits.

D’après le conseiller Abdoulaye Zambo, il était dans son champ près du village quand une fillette est venue l’informer de ce qui se passait au bord de la route. “ C’est ainsi que tous nous nous sommes accourus et avions constaté la boucherie qui se déroulait sur place. Bien avant notre arrivée, d’autres personnes étaient intervenues, toute chose qui a permis de limiter les dégâts, mais le mal était déjà fait.” Cette version du conseiller Abdoulaye sera celle du village. En tout cas, aucun habitant présent à la rencontre n’était sur les lieux au moment de l’affrontement, et par conséquent l’on ne pouvait avoir le film des évènements de ce triste 13 juillet 2008.Les principaux concernés étant hors du village.


Mais qu’est ce qui se passe?

Si les habitants de Belel Séno rencontrés le dimanche 20 juillet ne savent pas exactement ce qui s’est passé le 13 juillet dans la brousse, faute d’être sur les lieux au moment des faits, en revanche, ils savent ce qui se passe et ayant conduit à la situation regrettable du 13.


Au centre de tout cela, un misérable lopin de terre.


Vous n’allez peut- être pas le croire, mais si vous arrivez sur les lieux et que l’on vous montre le fameux “ champ” objet de contestation, et que l’on vous dise qu’à cause de ce “champ” des hommes sensés se sont affrontés cruellement, j’avoue que vous aurez du mal à retenir votre colère. Lorsque nous avons foulé le sol de Belel Séno, notre première demande fut de nous conduire sur le lieu litigieux. En regardant les jardins verdoyants, nous nous sommes dit que très certainement le champ contesté se situerait aux alentours. Mais quelle ne fut notre surprise quand le conseiller nous rassura qu’à notre retour, nous visiterons le champs “qui est sur la route”. Nous étions pressés donc de retourner au PK17 et de visiter ce fameux champ: “ il doit être certainement grand et fertile ce champ” me dis- je. Mais une fois sur les lieux, je ne puis contenir ma colère.. Je crus au début que notre guide s’était trompé d’endroit. Mais non. Ils étaient deux et le second a confirmé appuyé par un fils d’un des protagonistes.Le “ champ” litigieux est situé à environ 400m du panneau indicateur au bord de la route. C’est un petit lopin de terre situé sur une petite élévation. La superficie du “champ” peut être estimée à environ 10 m2 au vrai sens de la mesure. Le lopin est semé mais le mil poussait à peine. Même si la saison venait à être bonne, tout le produit du champ ne pourra pas dépasser deux grosses bottes. Quand l’on vous dit qu’à cause de ce misérable bout de terre des hommes sont aujourd’hui entre la vie et la mort et que tout un village vit dans l’inquiétude du lendemain, on est tenté de se demander “ où sommes nous”. Nous sommes bien dans l’Oudalan, la terre où le droit d’accès à un lopin de terre endeuille des familles.


Mahamoudou Boureima dit Yéro et Amadou Kadri sont les protagonistes


Les évènements du 13 juillet 2008 ont pour acteurs principaux nous a-t-on expliqué les sieurs Mahamoudou Boureima dit Yéro résident à Belel Séno et Amadou Kadri “ de Bidi”. Selon le conseiller et le président de la CVD appuyés par L’Imam du village, le champ objet du litige serait “ un patrimoine du père de Mahamoudou Boureima dit Yéro” qui l’aurait partagé a ses trois fils. “C’est dans ce cadre que Yéro a bénéficié du champ qui est contesté et qui est situé en haut des terres héritées par son grand frère”. En effet sur les lieux, il nous a été montré une hutte appartenant justement au grand frère de Yéro. Et lors de la bagarre, ce grand frère qui était sur le terrain en aurait été victime de coups et blessures.

L’autre protagoniste, Amadou Kadri de Bidi, d’après la version des habitants de Belel Seno dit qu’il aurait reçu le lopin en question d’un certain Amadou Alou de Bidi qui revendique le terrain comme un leg familial. Et voilà l’affaire qui deviendra une affaire entre gens de Belel et gens de Bidi.

D’après toujours les témoignages, le 13 juillet 2008, le nommé amadou Kadri qui conteste le champ à Yéro n’était pas au champ ce jour là quand Mahamoudou Boureima dit Yéro est allé pour labourer. C’est, nous a-t-on expliqué, le sieur Amadou Alou qui a donné le champ à Amadou Kadri qui aurait constaté que Mahamoudou Boureima cultivait le champ. Et c’est ce Alou qui serait allé informer les gens de Bidi comme quoi le sieur Yéro violait les engagements pris devant les autorités qui interdisent l’exploitation du champ jusqu’à nouvel ordre.. La suite on la connaît: Une dizaine de blessés graves avec des infirmités probables à vie.


CONFLIT ENTRE DEUX VILLAGES?


Lorsque l’afaire a éclaté le 13 juillet 2008, il a été dit et entendu que c’est une opposition entre les habitants du village de Belel Séno et de Bidi. Lorque nous sommes arrivés sur les lieux le dimanche 20 juillet 2008, la phrase “ les gens de Bidi” revenait sans cesse. A la fin de l’entretien, nous avons fait savoir aux habitants de Belel Seno que nous irons également à Bidi pour entendre leur version des faits. C’est en ce moment que l’Imam du village nous montra du doigt une concession située à environ 200m du lieu où nous sommes en précisant: “ voilà les gens de Bidi comme ça” Le Bidi en question ne renvoie pas au village Bidi administrativement connu mais à une seule famille. Il n’ y a donc pas, contrairement à ce que certains pensent une affaire entre les habitants du village de Belel Seno et ceux de Bidi. Non. Il existe au contraire un différend foncier entre des habitants d’un même village: Belel Seno.


Pourquoi donc ce qualificatif de “gens de Bidi?”


La famille nommée “gens de bidi” est d’origine rimaïbé comme du reste tous les habitants de Belel Séno. Cette famille est originaire du village de Bidi. C’est une famille rimaïbé jadis vassale des Peulhe de Bidi. L’ancêtre de la famille aurait migré à Belel Seno et depuis ses descendants y demeurent.


Un village dans un village

La famille rimaibé originaire de Bidi constitue, à en croire les habitants de Belel Seno un village dans un village. Ecoutons le l’Imam du village:” Vous voyez à quelle distance est la concession, en plein coeur du village. Vous voyez l’école qui est là bas. Si je vous dis que les gens de Bidi n’nevoyent pas leurs enfants à l’école vous n’allez pas croire. Et pourtant c’est vrai. Ils préfèrent inscrire leurs enfants à Bidi à cinq kilomètres. Quand il y a la vaccination, cette famille préfère attendre que les infirmiers viennent vacciner leurs enfants plutôt que de faire appel à l’agent du village pour les vaccinations de masse.Même chose pour la maternité. Cette famille préfère aller à Bidi que de fréquenter le dispensaire du village. Il en est de même pour les élections où ils sont inscrits sur les listes de Bidi que sur ccelles de Belel Seno. Inutile de dire qu’ils votent à Bidi. Jamais vous ne verrez un homme ou une femme de cette famille venir causer ici comme nous le faisons. Sauf les petits enfants qui se cachent pour venir s’amuser avec les autres enfants ici. Mais si on les voit, ils le regretteront amèrement. Voilà la situation que nous vivons.”Une situation déplorable en somme.Comme vous l’aurez constaté après ce récit de l’Imam, l’affaire de Belel Séno est plus profonde qu’on ne le croirait. Au delà du problème de champ, c’est une problématique familiale qui est posée. Comment deux communautés peuvent- elles cohabiter sans se mélanger, sans lier leur destin commun? Comment une unique famille peut- elle demeurer dans un village et répondre d’un autre village sans que cela n’émeuve outre mesure l’administration. Une administration qui aurait manqué de pragmatisme dans la gestion de cette affaire . Affaire à suivre.

Prométhée








BELEL SENO
Par Loumzoum
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